« ADNA a gwé raison »: Rassembler et célébrer son ethnie n’est pas du tribalisme

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Par Charles MONGUE-MOUYEME ►

Qui mieux que des artistes à voix pour entonner l’hymne à la réconciliation d’un peuple ?

Avec leurs délicieuses voix, des artistes issus de la tribu Bassa Mpoo Bati du Cameroun ont décidé de sonner le tocsin de la réconciliation, du rassemblement et de l’élevation des fils de ce « peuple béni ». Initiative certainement louable venant de jeunes gens jouissant d’une notoriété suffisamment forte pour attirer l’attention sur leurs messages. Mais, dans le contexte actuel d’exacerbation et d’instrumentalisation du tribalisme dans « l’Afrique en miniature », Roger Samnick, Final D., Andy Jemea et Armand Biyag ont pris un vrai risque, celui d’être accusé de chantres du repli identitaire.

En effet, elle est bien lointaine l’époque où les Lions Indomptables étaient composés d’une forte colonie de footballeurs d’origine Bassa Bati Mpoo qui procuraient du plaisir à tout le peuple camerounais qui le savourait sans aucune retenue ni réserve. Il n’était venu à l’idée de personne de s’offusquer des explications du sélectionneur Claude Leroy qui trouvait que les Roger Milla, Omam Biyick, Kana Biyick, Emmanuel Kunde, Benjamin Massing (RIP), Libih Thomas, Jean-Claude Pagal, etc.,  avaient un « hemlè » (fighting spirit) particulier qui en faisait des gagneurs dans l’âme.

Depuis, l’abrutissement des masses aidant, ajouté aux dérives morales de politiciens véreux, pervers, cyniques et bassement opportunistes, certains écouteront d’une mauvaise oreille l’album ADNA qui interpelle le vaillant peuple Bassa Bati Mpoo, notamment ses fils célèbres (Samuel Eto’o, Joseph Antoine Bell entre autres) et ceux qui ont réussi socialement (Louis Yinda, Perrial Nyodog, Lucien Minka, Ngallè Bibehe, etc.), sans pour autant revendiquer une quelconque supériorité sur les autres ethnies du Cameroun. Et c’est là où les inspirateurs du projet ADNA ont su faire preuve d’une subtile intelligence pour ne pas s’attirer les foudres des justiciers du tribalisme qui pullulent sur les réseaux sociaux notamment.

Intelligence : oui, il faut en avoir pour chanter aussi juste avec des voix qui pénètrent les âmes, et concocter des mélodies aussi entrainantes ; il faut en avoir même beaucoup pour noyer des noms de personnages parfois relativement controversés, dans de belles chansons et éviter ainsi de réveiller les protagonistes de la « guerre » politico-ethnique entre les « sardinards » (pro-Biya/RDPC), les « tontinards » (pro-Kamto/MRC) et les « cabris » (pro-Cabral Libiih).  Quand on écoute les titres de l’album ADNA, on regrette juste de ne pas avoir assez de souplesse et de dextérité pour exécuter à la perfection des pas de « Makounè », cette danse majestueuse du peuple Bassa.

Dynamo Football Club de Douala, équipe mythique des Bassa Bati Mpoo, s’abime depuis plusieurs années dans des querelles interminables de leadership managérial. Les dernières élections à la Fecafoot ont présenté des divisions entre fils Bassa, notamment entre Joseph Antoine Bell (candidat à la présidence) et Samuel Eto’o (parrain de candidat à la présidence ?), amenant un aîné Bassa à ressortir le malheureux adage selon lequel « lorsqu’un Bassa se trouve en difficulté quelque part, c’est généralement à l’instigation d’un autre Bassa ».

Les voix haut-perchées de ADNA appellent tous les « bon ba Job » (enfants de Dieu) à se réconcilier pour capitaliser leurs énergies, être plus forts ensemble, et contribuer à  faire briller le Cameroun. Le message sera-t-il entendu ? Les destinataires du message répéteront-ils en chœur : « ADNA a gwé raison » ? Le temps nous le dira.

Quant à nous autres non Bassa Bati Mpoo mais frères de ce peuple, nous disons aux promoteurs du projet ADNA qu’au prix auquel ils vendent leur CD, ils auraient pu nous offrir un support de meilleure qualité : « ADNA, o gwé bé (n'a pas) raison » de ne même pas inscrire sur la pochette du CD le personnel musical qui accompagne les 4 merveilleux chanteurs.

Charles MONGUE-MOUYEME

(*) ADNA a raison

14 October 2019 à 22:20 0
MANDENGUE NDABO FRANKLIN DIDIER

La force de l'analyse. Comment être indifférèrent à propos de ce qui se passe dans pays. Charles M. M. La pertinence de propos au sujet de la situation économique, politique et sociale est catastrophique. Ce que nous avons eu en matière d'élections ( Sénatoriale et Présidentielle ) depuis le début de l'année, n'est rien d'autre qu'un four tout et n'importe quoi. Les sénateurs sont élus et nommés en toute illégalité. Des conseillés municipaux illégaux et surtout pas de présidents de régions, ce sont les deux catégories qui permettent au choix des sénateurs. Le mariage incestueux être le RDPC, ELECAM, MINAT et le Conseil Constitutionnel, a montré à suffisance que le pouvoir rdpc veut nous imposer la pratique primitive d'une autre ère. Tu as si bien circonscrit le problème, je suis entièrement d'accord avec toi. Ces Camerounais qui pensent qu'ils ont le ponople sur TOUT sur la gestion de la citée, et que les autres n'ont pas droit au chapitre. Ce régime est à l'origine de la déconstruction de tout ce que nous avions cher.

SAMBA II ALAIN MICHEL

Charles tu as oublié de mentionner qu’après avoir fait le tour de Yaoundé pendant deux jours, le PRESI/ CAF a déclaré n'voir observé ni ressenti aucun nid de poule dans les rues de cette ville. Meme le Directeur du protocole d'état qui le raccompagnait au perron du palais avait souri d'étonnement. De là, moi j'avais compris qu'il était déjà dans la sauce gombo, une spécialité bien de chez nous.

ABEGA Joseph Bertin

Bonjour Charles, Tu fais une peinture on ne peut exacte de la situation de notre football. Mais moi je retiens une seule couleur dont l'absence nous rend plus nostalgique voir triste aujourd'hui: le rose. "Le football rose". Oui rose comme beauté! moi je pense que c'est la clé du succès. lors d'un match de foot, combien de gestes techniques pouvons nous compter? Souvent pas un seul. Nous avons eu de grands talents sortis "des coups faibles", "têtes tombes", "des contre-poteaux", "des couloirs", "des solos (petits ponts)", "des comptes (jonglages)"...etc. Nous allions aux stades tous les dimanches en s'accrochant sur le bras d'un aîné pour tricher les dribles de Mbida, Mama, Emana, Milla...les tacles de 05m d'Onana, d'Aoudou et le lundi, même le maître ou le prof avait de la peine à imposer le calme dans la salle de classe pour commencer le cours. Quel entraîneur ou moniteur de foot permet à son apprenant de dribler un ou deux joueurs sans qu'il ne le gronde? Je vous dis qu'il y avait des joueurs aussi talentueux aux quartiers que certains divisionnaires comme on les appelait à l'époque. L'aisance technique était au rendez-vous. Tenez! avec peut-être un peu de prétention, Tonnerre de Yaoundé de l'époque avait le fond de jeu de Barcelone d'aujourd'hui, d'où le nom de "Kalara", "le book" le foot champagne (onze passes). Bref avec l'aide des entraîneurs, les joueurs doivent pratiquer du beau et bon football, ils doivent prendre plaisir à jouer comme Ronaldinho, Jean-Luis Mama par exemple. Ainsi les spectateurs reviendrons aux stades, et les supporteurs participerons aux cotisations, et les joueurs seront mieux payés pour leur talent et ils se vendront cher...etc. BRAVO à toi Charles pour l'évocation de ce sujet si intéressant !

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