Interview - Agnès Antoinette NTOUMBA : Lauréate du Prix International L’Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science 2020

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« Le contrôle vectoriel tel que nous le proposons sera la cheville ouvrière du processus d’éradication du paludisme »

• Qui est Mme Agnès Antoinette Ntoumba ? Merci de vous présenter en quelques mots à nos lecteurs.

Je m’appelle NTOUMBA AGNES ANTOINETTE épse EYA’ANE MEVA, âgée de 41 ans, mère de deux filles. Je suis inscrite en 3e année de doctorat à l’Université de Douala, faculté des sciences.

• Pouvez-vous décrire et expliquer l’invention qui vous a valu de remporter le Prix International L’Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science en 2020 ?

Le bio insecticide est une solution de nanoparticules  utilisant les extraits des plantes.

• Quels sont les membres de votre équipe de recherche qui vous a permis d’arriver au résultat primé par L’Oréal-Unesco ?

C’est toute une équipe constituée par des étudiants inscrits en Doctorat et en  Master  supervisée par les Professeurs LEHMAN LEOPOLD GUSTAVE et EYA’ANE MEVA FRANCOIS

• En quoi votre bio-insecticide est-il différent et plus avantageux que l’offre actuelle en insecticides contre les moustiques (spirales, aérosols, pastilles, peintures, etc.) ?

Notre bio insecticide est différent des autres du fait des éléments naturels qui le composent ; il est respectueux de l’environnement, peu couteux et inoffensif pour la santé de l’homme et des organismes non ciblés.

• Comment expliquez-vous que depuis des siècles que le paludisme décime les populations dans nos pays, personne n’ait pensé avant vous à inventer un insecticide 100% bio ?

Beaucoup d’études ont mis en évidence le potentiel insecticide des plantes sous la forme des  huiles essentielles, poudres brutes extraits aqueux, etc… . Les limites de ces insecticides nous ont orientés vers de nouveaux axes de recherches. Des nanoparticules d'argent boostant l’efficacité des plantes ont été récemment découvertes et déjà utilisées, ceci à moindre coût pour un temps de réalisation très court. Nous avons osé les nanoparticules et nous n’avons pas été déçus.

• Si on considère que votre invention est dans un processus devant aboutir à la production à grande échelle de bio-insecticides contre les moustiques, à quel stade se trouve-t-elle aujourd’hui ? Que vous reste-t-il à faire avant d’arriver à la production industrielle ?

Nous avons déjà les résultats, il reste à les mettre sous la forme adéquate pour l’utilisation à grande échelle.

• Votre invention dispose-t-elle déjà d’un brevet pour sa protection ?

Pas encore mais il est en cours.

• Pensez-vous que le potentiel floral du Cameroun est de nature à garantir une production industrielle pérenne de vos bio-insecticides ?

Le potentiel floral du Cameroun est immense. Cependant nous envisageons de planter les arbres dont les feuilles sont utilisées pour le moment, et de continuer à tester de nouvelles plantes.

• Comment les autorités camerounaises, notamment les Ministères en charge de la recherche scientifique, de l’enseignement supérieur, et de la santé, ont-ils accueilli votre prix ? Avez-vous été contactée par ces autorités ?

Non.

" Ce produit est réalisable en très peu de temps et nous avons besoin d’un accompagnement financier pour le mettre sur le marché "

• Le Prix L’Oréal-Unesco que vous venez de remporter vous permet, grâce à l’appui financier qui l’accompagne, de poursuivre vos recherches. Avez-vous déjà estimé les moyens techniques, matériels, humains, et financiers qui seraient nécessaires pour qu’on ait à court ou à moyen terme les bio-insecticides de votre invention sur le marché ?

Ce prix vient renforcer notre effort personnel pour l’avancée des recherches mais beaucoup reste à faire pour que nous puissions passer à la phase pratique à grande échelle. Comme je l’ai dit plus haut ce produit est réalisable en très peu de temps et nous avons besoin d’un accompagnement financier pour le mettre sur le marché sous la formulation appropriée.

• Quelle aide espérez-vous et de qui pour transformer votre invention scientifique en produit disponible sur le marché ?

Je remercie les medias qui font connaitre le travail. L’aide est attendue des politiques chargés de disséminer les résultats scientifiques ; du gouvernement camerounais en particulier de tous les acteurs impliquées dans la santé  publique, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et la promotion de la femme ; de tous les mécènes, et enfin de toute personne intéressée par le projet.

• Pensez-vous qu’il soit possible d’éradiquer le paludisme dans nos pays ? Quel pourrait être l’apport de vos bio-insecticides dans ce sens ?

Je pense qu’il est possible d’éradiquer le paludisme dans notre pays mais cela passe par le travail en synergie de tous les acteurs impliqués dans le processus de lutte contre cette maladie. Le contrôle vectoriel tel que nous le proposons sera la cheville ouvrière de ce processus d’éradication car s’il y’a réduction d’émergence des adultes il y’aura réduction de la  transmission, donc diminution du nombre de malades dans les hôpitaux et entreprises.

• La plupart des insecticides disponibles sur le marché ont un spectre relativement large, et ne tuent pas seulement les moustiques vecteurs de paludisme : en sera-t-il de même pour vos bio-insecticides ?

Des études ont été menées sur le sujet et il en ressort que les nanoparticules de notre solution n’agissent que sur les organismes cibles à savoir les larves de moustiques. En ce moment une revue sur l’impact de nanoparticules sur les organismes non ciblés est en cours de publication par notre équipe de recherche.

• Des chercheurs lauréats du Prix International L’Oréal Unesco ont déjà remporté le Prix Nobel : est-ce que dans un coin de votre tête vous y aspirez aussi ?

J’aspire à contribuer au rayonnement de mon pays et de la recherche, et si cela me conduira au prix Nobel alors tant mieux.

• Il arrive souvent que des camerounais fassent des inventions primées dans divers domaines scientifiques et techniques, mais quelques temps après l’euphorie de la célébration de leur prix, ils sombrent dans l’oubli et leur invention n’aboutit pas à un produit disponible sur le marché : que comptez-vous faire pour que cela ne vous arrive pas ? Et comment comptez-vous capitaliser l’exposition internationale que vous offre le Prix L’Oréal-Unesco ?

Ce projet est un projet à long terme avec beaucoup de ramifications tant scientifiques que sociales. Le produit sera certainement mis sur le marché très  prochainement, mais à court terme nous l’utiliserons en petit comité pour l’application  sur le terrain. Nous avons le soutien des personnes qui croient au projet, mais surtout à sa finalisation et qui ne me laisseront pas me reposer sur mes lauriers. La recherche de financement sera l’un des points forts à exploiter de ce prix.

Propos recueillis par JOJO MOUNA

Il y a 6 heures 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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