Montée du tribalisme au Cameroun : Voici le profil de ses apôtres

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En cette période électorale, certains individus ont décidé de faire de l’incitation à la haine entre les tribus leur sport favori. Voici dans quelles catégories d’individus ils se recrutent en général.

Les faux intellectuels

On peut les désigner sous l’expression « Docteurs en doctorats », et leur caractéristique première est qu’ils sont assez souvent très diplômés, mais très peu sages aussi. En réalité, ce sont des gens qui ont « bûché » beaucoup durant leur cursus scolaire, le nez constamment dans les livres et tournant le dos aux autres choses de l’existence qui auraient dû leur servir d’école de la vie. Après la vie à l’école, bardés de diplômes, ils veulent entrer dans le débat, mais ils réalisent vite qu’ils n’ont que ce que nos grand-mères appelaient « l’intelligence de l’école » : alors ils choisissent des thématiques faciles comme la victimisation ethnique et le tribalisme en rase-motte pour exister dans la société. Certains d’entre eux ont des réactions tellement minables face à la contradiction, qu’il est même permis de se demander si c’est vraiment eux-mêmes qui passaient leurs diplômes.

Les irresponsables en rattrapage

Ce sont des gens qui ont eu de bons emplois, de bons postes, et beaucoup de personnes les enviaient même à l’époque de leur « grandeur ». Seulement, en Afrique, la réussite d’un individu  se mesure à l’aune de certains éléments qui découlent des questions telles que : « est-ce qu’il a construit ? » ; « est-ce qu’il s’occupe bien de ses parents ? » ; « est-ce qu’il a aidé ses cadets à progresser dans la vie ? » ; « qu’a-t-il fait pour le village et ses frères du village quand il était en haut ? » etc. Quant à la plus grande partie de ces questions la réponse est négative, alors l’individu est ignoré par les siens, on l’isole, on le méprise. Parce que lorsqu’on a eu de bonnes fonctions, qu’on a gagné de l’argent, ne pas pouvoir répondre « oui » aux interrogations ci-dessus s’assimile à de l’irresponsabilité. On a été un jouisseur qui n’a pas ménagé sa monture pour les vieux jours. Alors, ceux qui sont dans ce cas, lorsqu’ils estiment avoir encore de l’énergie, essayent de se rattraper et s’autoproclament défenseurs de la tribu. Et pour être crédibles dans ce rôle, ils sont obligés d’inventer un complot contre la tribu et faire feu de tout bois pour que les « frères » les voient en position de combat pour sauver la tribu, afin qu’on les réhabilite au « village ».

Les opportunistes mesquins

En voilà qui croient être plus malins que tout le monde : la « défense de la cause tribale » est un commerce pour eux. Ils compulsent des documents, rassemblent des anecdotes, fouinent ici et là, écoutent aux portes, lisent dans des enveloppes fermées, et forts de tout cela, ils font le tour des « élites » pour les convaincre de l’existence d’un complot contre la tribu. Bien entendu, ils ont déjà une stratégie de riposte, mais elle nécessite quand même quelques moyens financiers et matériels qu’ils ont commencé à fournir, mais il leur faut un appui important. Ils sont tellement habiles qu’ils arrivent à inquiéter sérieusement ces « élites » en leur montrant que ces « attaques » contre la tribu vont finir par avoir raison de leur position sociale si rien n’est fait. Et comme nombre de ces « élites » ont la fragilité de toutes les constructions aux fondations suspectes, elles mordent à l’hameçon, et nos « défenseurs de la cause tribale » ont ainsi le loisir de se répandre dans les médias (en majorité appartenant à des « frères » afin de ne pas avoir à dépenser l’argent récolté) pour justifier leurs gains en exacerbant le tribalisme à travers chroniques, commentaires, articles, et débats.

De plus, ayant approché ces « élites de la tribu » avec l’appât de « la tribu en danger »,  ces nouveaux professionnels de l’incitation à la haine tribale en profitent pour « poser leurs problèmes » et vanter leurs autres compétences, ce qui leur procure quelques marchés ici et là.

Les aigris du système

Ils se savaient promis à une belle carrière dans leur domaine, mais leur enthousiasme ne leur avait pas permis de savoir d’avance que les choses ne sont pas linéaires en milieu professionnel. Après plusieurs peaux de bananes, moult injustices, leur moral  est sapé, et leurs rêves brisés. Dans ces cas-là, on essaye de comprendre ce qui n’a pas marché, et quand on n’accuse pas les jaloux sorciers de la famille qui « attachent » les gens, on se rabat sur les « ismes » comme favoritisme, népotisme, et… tribalisme. La durée de la « galère » aidant, ils se sont confortés dans l’idée que c’est parce que leur tribu n’a pas le pouvoir qu’ils souffrent, et ils développent alors (parfois inconsciemment) de la haine vis-à-vis des tribus qui, selon eux, contrarient leurs ambitions. Et ils se lancent alors dans une croisade contre ce système et ces « ennemis » qui ne veulent pas le progrès de leur ethnie.

Les égocentriques et les pauvres d’esprit :

C’est la nature qui est comme ça : il y a des gens qui pensent qu’ils sont les plus beaux et les plus grands, et ce à quoi ils appartiennent est également ce qu’il y a de meilleur. Donc, par exemple, leur ethnie est au-dessus de toutes les autres, qui en sont forcément jalouses, et ourdissent des complots contre elle. Chaque avantage qui leur semble être octroyé à une autre tribu est considéré comme une manœuvre contre la leur. Et quand c’est eux qui obtiennent quelque privilège, ce n’est que normal, puisqu’ils sont la tribu « supérieure ». Comme on le voit, leur égocentrisme personnel se complique en un ethnocentrisme viscéral.

Les pauvres d’esprit sont des suiveurs qui ne réfléchissent pas beaucoup, et adhèrent facilement au discours tribaliste de certains de leurs « frères » importants et érudits qu’ils considèrent comme des guides. Ils prennent à leur compte les « arguments » de ces « éclaireurs » tribaux, déclament leurs statistiques infondées, sans jamais pouvoir justifier de façon plausible ces « convictions » acquises.

Cette énumération n’est pas exhaustive, et il est utile de souligner que certains tribalistes primaires qui sévissent chez nous appartiennent à plusieurs de ces catégories à la fois. En général, ils refusent le débat, tombent vite dans l’insulte quand on les contredit, profèrent des menaces à ceux qui les prennent en flagrant délit d’incitation à la haine tribale, et se réfugient dans des concepts creux quand de temps en temps ils réalisent qu’ils sont allés trop loin dans leurs incohérences et qu’ils sont tombés dans la bêtise.

Il faut débusquer ces adeptes du tribalisme primaire, parce que nos contrées où tout est à construire n’en ont pas besoin. Nos adversaires ne sont pas les autres tribus, mais bien des individus mauvais, égoïstes, cupides, mesquins, intolérants, qui n’ont aucun sens de l’intérêt général, et qu’on retrouve dans toutes les ethnies.

Charles MONGUE-MOUYEME

30 November 2020 à 00:49 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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