Contentieux post Présidentielle au Cameroun : Leçons d’un show médiatique inédit

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Avec le contentieux post-électoral au Conseil Constitutionnel, la Présidentielle 2018 se confirme comme un point d’inflexion de la praxis politique au Cameroun. Leçons d’un festival politico-juridique.

Leçon 1 : La cigale et la fourmi

Quand on observe les attitudes du Président du Conseil Constitutionnel lors du contentieux consécutif au scrutin du 7 octobre 2018, on ne peut s’empêcher de repenser à ce haut magistrat à la retraite devenu avocat, qui se saisissait de tous les micros des médias pour chanter sa grande joie d’avoir été porté par le Chef de l’Etat à la tête de cette haute juridiction. Maintenant que la bise de la présidentielle 2018 est venue, il n’a plus un seul morceau de tranquillité ou de sérénité. Il a même dû crier son grand âge à l’audience pour s’octroyer un petit répit. Président Clément Atangana, vous chantiez après votre nomination ? Eh bien, dansez maintenant au rythme du droit et de la politique !

Leçon 2 : La parole est camerounaise

Dans la salle d’audience du Conseil Constitutionnel, on parle, on parle beaucoup, souvent avec une maîtrise admirable de l’art oratoire, parfois  avec emphase, quelquefois avec affectation. Dans le pays et au-delà, les camerounais suivent, ils écoutent tout, religieusement, sans se lasser. Personne ne compte les heures qui passent. Pendant plus de 72 heures, les camerounais sont unis autour de la parole. Même le match de foot Malawi – Cameroun a été éclipsé par le festival de la parole au Conseil Constitutionnel. Ah, si dans ce pays on consacrait à l’action le dixième du temps qu’on passe à parler pour parler, l’émergence ne se conjuguerait plus au futur lointain.

Leçon 3 : L’Etat camerounais n’est pas garant de l’équité et de la justice

Les structures en charge des élections que sont Elections Cameroon (Elecam), le Ministère de l’Administration Territoriale (Minat) et le Conseil Constitutionnel (CC) traitent les candidats concurrents du président sortant qui exercent des recours comme s’ils étaient leurs adversaires. Les avocats et représentants de ces structures financées par les impôts de tous les camerounais choisissent le vocabulaire qui dénigre et méprise le mieux ces mauvais citoyens qui osent décrier les injustices qu’ils vivent. Au lieu de reconnaître les insuffisances, ils les expliquent.  Au lieu de sanctionner les tricheries, les fraudes et les abus, ils les défendent en reprochant aux candidats de ne pas avoir été vigilants. Quel est donc cet Etat qui sermonne les citoyens qui dénoncent les malversations et les injustices ?

Leçon 4 : Au Cameroun, les lois sont des loisirs

A voir comment les textes législatifs sont malmenés par les juristes et praticiens du droit qui se produisent au cours de ce contentieux post-électoral au CC, au gré des croyances, des affinités et des intérêts des intervenants, on ne peut s’empêcher de penser au juridisme qui pourrit les droits d’auteurs des artistes et la Fécafoot depuis plusieurs années. La science juridique s’avère être au Cameroun la seule science dans laquelle les experts ne sont d’accord sur rien. Les textes sont truffés de pièges et de non-dits qu’on oppose le moment venu aux justiciables qui ne veulent pas se plier à l’ordre établi par les tenants du pouvoir. Et pour se donner bonne conscience, on affirme qu’on est en politique, et que le jeu politique permet tout. Dans ce jeu, les lois sont donc des loisirs, contrairement à ce qu’en pense l’artiste-musicien Papillon.

L’histoire retiendra que l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 a engendré un contentieux diffusé en mondovision par les chaînes TV du Cameroun à partir du 16 octobre 2018 pendant plus de 72 heures. Le monde entier a vu. Pas sûr qu’il ait mieux compris le Cameroun.

Charles MONGUE-MOUYEME

29 November 2020 à 16:03 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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