Entraîneur multicarte : Guy Feutchine hypothèque son entrée dans l’histoire

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Premier camerounais à être entraîneur principal d’un club professionnel en Europe, il accepte un poste de sélectionneur adjoint dans les Lions U-23. A-t-il mesuré sa responsabilité de pionnier ?

C’est le 7 octobre 2018 que Guy Feutchine a été porté à la tête du staff technique du club Irodotos FC de Crète en Grèce. Cette grande première n’a pas échappé aux médias camerounais et étrangers qui ont abondamment relayé cette information. En effet, l’ancien Lion Indomptable Guy Feutchine venait d’entrer dans l’histoire comme premier technicien camerounais à occuper cette fonction dans un club professionnel en Europe.

Mais, 10 jours après la signature de son contrat en Grèce, Guy Feutchine est désigné entraîneur adjoint au sein de la sélection olympique du Cameroun (U-23) pour assister Rigobert Song. Alors qu’il semblait évident pour certains observateurs que Guy Feutchine déclinerait cette nomination du Comité de Normalisation (CN) de la Fécafoot qui a probablement traîné dans les circuits administratifs pour tomber après le contrat de Grèce, on réalise qu’il ne le fait pas.

Mieux, Guy Feutchine se présente même au stage des Lions U-23 qui se tient quelques jours seulement après sa nomination, alors que son club Irodotos FC démarre à peine le championnat professionnel grec de 2ème division. Comment allait-il pouvoir concilier ces 2 postes d’entraîneurs situés sur 2 continents différents à plusieurs milliers de kilomètres de distance ? Ce d’autant plus que les U-23 n’ont pas de périodes Fifa, et qu’il faudrait à chaque fois abandonner son club en plein championnat pour être présent aux stages des U-23.

Interrogés sur la question, certains profanes et journalistes nous ont tout de suite répondu que le cumul entraîneur en club et en sélection a souvent été vu, y compris en Europe. Sauf qu’ils n’ont présenté aucun cas de succès d’un tel cumul. Pour mieux appréhender cette situation, nous avons interrogé des personnalités du foot, des techniciens notamment.

• Question : Guy Feutchine peut-il tenir ses 2 postes d’entraîneur avec bonheur ?

Nicola Tonye Tonye, ténor de l’entraînement de foot au Cameroun : « Tenir c’est possible mais avec bonheur je ne crois pas. Parce qu’il aura un problème de timing très difficile en matière de programme de travail ».

Alexandre Belibi, entraîneur : « les exigences du football de haut niveau ne peuvent pas permettre à M. Feutchine d’être entraîneur adjoint U-23, parce qu’être entraîneur principal d’une équipe professionnelle fait de vous un manager avec des gens à votre service qu’il faut gérer en même temps que les joueurs, et on attend de vous des résultats. Il faut réfléchir à tout ça, et on ne peut pas avoir le temps de venir en sélection des U-23 ».

Sébastien Roques, entraîneur français, ancien entraîneur Union de Douala : « Pourquoi pas. Bien évidemment ce n'est pas l’idéal en termes d'investissement et de disponibilité, mais sur un poste d'adjoint c'est jouable. Tout dépend de la mission que veut confier l'entraineur principal à son adjoint. Si c'est pour apporter de l'expérience et de la compétence lors de stages d'avant match ce n'est pas incompatible. En revanche pour superviser des joueurs c'est bien entendu plus compliqué ».

Maboang Kessack, ancien Lion, entraîneur de foot : « Je pense qu’une sélection cela ne se refuse pas ; et puis il est adjoint et cela ne gêne pas. Guy est jeune, dynamique, et il peut bien associer  les deux postes s il s’entend avec Rigobert (Sélectionneur des U-23) ».

Albert Nguidjol, entraîneur de foot opérant aux USA : « Ce que vous décrivez n’est pas très loin d’un scandale, tant du côté des grecs que de notre côté. Ce cumul intercontinental simultané de 2 postes importants d’entraineur manque d’éthique. Je ne peux pas beaucoup parler du football grec, mais le football camerounais de l’heure a besoin, au niveau des cadres techniques, de personnes disponibles, capables de résider sur place, de suivre nos compétitions nationales et de faire des tournées de prospection dans les régions ».

• Question : Comment Guy Feutchine s’arrange-t-il avec son club Irodotos FC de Crète en Grèce pour venir en sélection U-23 hors périodes Fifa ?

Serge Pensy, encadreur football jeunes, analyste de sport : « Ce doit être un club qui va certainement jouer le rôle de passerelle pour les meilleurs U-23 camerounais. Je n'exclus pas la main de la famille Happi (Président du Comité de Normalisation de la Fécafoot) et Eto'o dans ce film. Les enfants de Me Happi sont des agents de joueurs. Ils peuvent avoir trouvé un accord avec ce club où Feutchine est entraîneur ».

Sébastien Roques : « Je suis surpris qu’un club professionnel puisse octroyer ce passe-droit sachant que cela va occasionner de nombreuses absences de son technicien. Existe-t-il des accords entre le club et le coach Feutchine ou avec la Fécafoot ? Qu’en est-t-il du paiement des salaires du coach : partage avec la fédération ? Je ne pense pas que cela soit en rapport avec la volonté du club de conserver sa confiance au coach qui a dû certainement prouver au préalable ses compétences ».

• Question : Guy Feutchine n’a-t-il pas pris un mauvais risque en acceptant le poste chez les U-23 ?

Alexandre Belibi : « Si ! Je crois qu'il n’est pas normal, quand tu es entraîneur principal d’une équipe professionnelle, que tu acceptes d’être entraîneur adjoint des U-23 en même temps. Je dis clairement que moi je n’aurais pas accepté ce poste-là chez les U-23 ».

Sébastien Roques : « Cela peut en effet se compliquer en cas de litige dans le futur entre le coach et son employeur qui à ce moment-là pourra arguer d’un manque d'investissement de son entraineur. Il est certain qu'en l'absence de l’entraîneur principal en club, des questions ou des doutes peuvent s'installer en cas de bons résultats, mais tout autant en cas de mauvais résultats. Le club peut se lasser des absences du technicien et lui imputer la responsabilité des défaites. Dans tous les cas c'est une situation ubuesque et rarissime que ce cumul des fonctions, surtout sur deux continents différents ».

Les protestations des entraîneurs camerounais qui ont toujours réclamé que les sélections nationales soient confiées aux entraîneurs locaux auraient peut-être aidé Guy Feutchine à ne pas accepter ce poste éphémère d’adjoint chez les Lions U-23 qui peut mettre en péril celui d’entraîneur principal d’un club Pro de D2 en Grèce. Mais c’est le silence radio de ce côté-là, où on aurait peur du Président de l’ACEEF (Association Camerounais des Entraîneurs et Educateurs de Football) qui serait à la base des nominations comme celle de Guy Feutchine, et qui ferait et déferait les carrières d’entraîneurs au pays de Samuel Eto’o.

Si Guy Feutchine avait un profil rare et recherché pour la catégorie des U-23, on aurait compris aussi le silence des médias après sa nomination chez les U-23, alors que de nombreux entraîneurs libres et résidants au Cameroun sont demandeurs. Mais Nicola Tonye Tonye est clair : « il y a une multitude de Guy Feutchine ici au pays ».

Dans tous les cas, Guy Feutchine ne semble pas avoir pris la pleine mesure de son statut de pionnier camerounais dans le rôle d’entraîneur principal d’un club professionnel en Europe. De Ndoumbè Mondo à Rigobert Song, en passant par Jean-Pierre Tokoto, Michel Kaham, Joseph Antoine Bell, Eugène Ekeke, François Omam Biyick et autres, aucun entraîneur camerounais n’avait encore dirigé le banc technique d’un club Pro en Europe. Pour une fois que cela arrive, le précurseur ne fait pas montre d’une forte implication à la tâche, pour démontrer que les camerounais sont capables de professionnalisme au plus haut niveau dans le rôle d’entraîneur principal.

Qu’on le veuille ou non, Guy Feutchine enrichit peut-être son CV avec le poste d’entraîneur adjoint chez Lions U-23, mais s’il échoue en club, il hypothéquera pour bien longtemps encore, les chances qu’un club professionnel européen confie les rênes de son staff technique à un camerounais qu’on croira incapable d’établir des priorités, et de se concentrer entièrement sur son sujet, comme le font tous les grands professionnels dignes de ce nom. Eh oui, pendant que Guy Feutchine assiste Song pour coacher les U-23 dans un match de préparation contre Léopard de Douala (club de D2 régionale de Douala), son club Irodotos dispute sans lui un match de championnat contre Aittitos Spata.

Charles MONGUE-MOUYEME

19 October 2019 à 18:10 0
MANDENGUE NDABO FRANKLIN DIDIER

La force de l'analyse. Comment être indifférèrent à propos de ce qui se passe dans pays. Charles M. M. La pertinence de propos au sujet de la situation économique, politique et sociale est catastrophique. Ce que nous avons eu en matière d'élections ( Sénatoriale et Présidentielle ) depuis le début de l'année, n'est rien d'autre qu'un four tout et n'importe quoi. Les sénateurs sont élus et nommés en toute illégalité. Des conseillés municipaux illégaux et surtout pas de présidents de régions, ce sont les deux catégories qui permettent au choix des sénateurs. Le mariage incestueux être le RDPC, ELECAM, MINAT et le Conseil Constitutionnel, a montré à suffisance que le pouvoir rdpc veut nous imposer la pratique primitive d'une autre ère. Tu as si bien circonscrit le problème, je suis entièrement d'accord avec toi. Ces Camerounais qui pensent qu'ils ont le ponople sur TOUT sur la gestion de la citée, et que les autres n'ont pas droit au chapitre. Ce régime est à l'origine de la déconstruction de tout ce que nous avions cher.

SAMBA II ALAIN MICHEL

Charles tu as oublié de mentionner qu’après avoir fait le tour de Yaoundé pendant deux jours, le PRESI/ CAF a déclaré n'voir observé ni ressenti aucun nid de poule dans les rues de cette ville. Meme le Directeur du protocole d'état qui le raccompagnait au perron du palais avait souri d'étonnement. De là, moi j'avais compris qu'il était déjà dans la sauce gombo, une spécialité bien de chez nous.

ABEGA Joseph Bertin

Bonjour Charles, Tu fais une peinture on ne peut exacte de la situation de notre football. Mais moi je retiens une seule couleur dont l'absence nous rend plus nostalgique voir triste aujourd'hui: le rose. "Le football rose". Oui rose comme beauté! moi je pense que c'est la clé du succès. lors d'un match de foot, combien de gestes techniques pouvons nous compter? Souvent pas un seul. Nous avons eu de grands talents sortis "des coups faibles", "têtes tombes", "des contre-poteaux", "des couloirs", "des solos (petits ponts)", "des comptes (jonglages)"...etc. Nous allions aux stades tous les dimanches en s'accrochant sur le bras d'un aîné pour tricher les dribles de Mbida, Mama, Emana, Milla...les tacles de 05m d'Onana, d'Aoudou et le lundi, même le maître ou le prof avait de la peine à imposer le calme dans la salle de classe pour commencer le cours. Quel entraîneur ou moniteur de foot permet à son apprenant de dribler un ou deux joueurs sans qu'il ne le gronde? Je vous dis qu'il y avait des joueurs aussi talentueux aux quartiers que certains divisionnaires comme on les appelait à l'époque. L'aisance technique était au rendez-vous. Tenez! avec peut-être un peu de prétention, Tonnerre de Yaoundé de l'époque avait le fond de jeu de Barcelone d'aujourd'hui, d'où le nom de "Kalara", "le book" le foot champagne (onze passes). Bref avec l'aide des entraîneurs, les joueurs doivent pratiquer du beau et bon football, ils doivent prendre plaisir à jouer comme Ronaldinho, Jean-Luis Mama par exemple. Ainsi les spectateurs reviendrons aux stades, et les supporteurs participerons aux cotisations, et les joueurs seront mieux payés pour leur talent et ils se vendront cher...etc. BRAVO à toi Charles pour l'évocation de ce sujet si intéressant !

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