Oppositions africaines : Sans transparence ni probité, la coalition électorale est un leurre

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Impossible au Cameroun ; moins de 24h d’existence en RD Congo : la coalition des ténors de l’opposition aux présidentielles est un mirage sous les régimes autoritaires d’Afrique. Et pour cause !

Les régimes autoritaires consacrent toutes les énergies à la perpétuation de leur règne. Ils taillent les lois pour rendre l’alternance quasi-impossible par les urnes. Les structures étatiques, et les hommes supposés garantir la justice sont vassalisés. Le multipartisme est sauvage, avec pour but de diviser pour mieux régner.

Face à un système électoral complètement verrouillé, les partis d’opposition envisagent très souvent la mise en pratique de la maxime « l’union fait la force » pour se donner des chances de renverser ces régimes autoritaires. La coalition entre les partis d’opposition les plus en vue sur la scène politique, pour désigner un candidat unique est presque toujours la solution-miracle choisie.

Même si on peut citer ici et là quelques réussites (Sénégal, Gambie, etc.), force est de constater que ces coalitions échouent la plupart du temps. Non pas parce que le candidat désigné aura été battu à l’élection présidentielle par celui du pouvoir, mais parce que la coalition a été tuée dans l’œuf ou a implosé.

Deux principales raisons expliquent les échecs répétitifs des coalitions de partis d’opposition dans les pays sous gouvernance autoritaire : l’absence de transparence dans les carrières socio-politiques des principaux acteurs, et l’absence de probité dans le microcosme politique.

Lorsqu’on scrute les parcours des leaders des partis d’opposition, on réalise qu’ils sont parsemés de zones d’ombre, de camouflages et de maquillages. Généralement nantis, la traçabilité de leur fortune est difficile à établir. Leurs croyances et appartenances occultes sont mal connues, bien que leur cas soit souvent aussi étrange que celui de « Dr Jekyll et Mr Hyde » du célèbre roman de Robert Louis Stevenson. L’inconstance de leurs positions, les incohérences de leurs actes laissent entrevoir qu’ils obéissent aux ordres de cabinets noirs tenus par de puissants marionnettistes.

Les leaders des partis d’opposition se connaissent soit très peu pour se faire réellement confiance, soit trop bien pour se laisser conduire par l’un d’entre eux. Le pouvoir surfe sur cette méfiance dans l’opposition pour y distiller des « révélations » salissantes sur ses leaders. Chacun n’ayant confiance qu’en lui-même, chaque leader de parti d’opposition vient aux assises de la coalition avec l’idée que c’est lui qui doit être désigné comme candidat consensuel ou unique.

Ces leaders de l’opposition, pour ôter aux populations la lucidité de fouiner dans leur moralité, se sont employés à fanatiser une bonne frange de leurs partisans qu’ils appellent « la base du parti », à coups d’avantages matériels et financiers ou de promesses alléchantes. La logique de cette « base » est simple : soit c’est leur champion qui la conduit, soit la coalition n’a pas lieu d’être.

L’absence de probité dans l’opposition constitue l’autre poison qui détruit toutes les velléités de coalition. Certains opposants sont en réalité des pions du pouvoir dont le rôle est d’éviter que ne prospère une opposition vraie qui ne peut être que radicale face à l’autoritarisme. Ceux-là ne laisseront jamais prospérer une coalition s’ils n’en sont pas le porte-flambeau. Le niveau de corruption est tellement élevé dans les régimes totalitaires que l’opposition n’y échappe pas.

Et lorsque certains leaders d’opposition persistent à vouloir mettre en place une coalition qui risque d’ébranler le pouvoir en place, l’arme du chantage est vite brandie : s’ils ne détruisent pas leur coalition, les casseroles qu’ils trainent, les cadavres qu’ils cachent dans leurs placards, leurs relations incestueuses avec le pouvoir, seront mis sur la place publique, et leurs supporters non fanatisés vont les vomir. Encore que les rigueurs des lois réprimant les malversations et les crimes peuvent s’abattre sur eux. En univers de totalitarisme même masqué, le pouvoir « tient » souvent les leaders de l’opposition.

Ce qui vient de se passer en RD Congo où la coalition des partis d’opposition majeurs a explosé moins de 24h après avoir désigné Martin Fayulu comme candidat consensuel pour la présidentielle, n’est pas une surprise. Les enjeux internationaux, l’ampleur des compromissions à l’intérieur du pays, et l’éthique qui a foutu le camp dans ce pays au sous-sol scandaleusement riche, ne peuvent produire qu’une opposition mesquine qui joue périodiquement des épisodes d’une pièce de théâtre savamment montée par des cabinets noirs.

Aujourd’hui dindons de ces farces politiques, les peuples africains se réveilleront un jour. Et leur coalition balayera toutes les mafias qui ont fait de ce continent leur chasse-gardée.

Charles MONGUE-MOUYEME

29 November 2020 à 01:18 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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