Conflit armé NO/SO Cameroun : La conférence anglophone annulée en appelle deux

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C’était prévisible, la Conférence Générale Anglophone prévue à Buea les 21 et 22 novembre 2018 à l’initiative du Cardinal Tumi n’aura pas lieu. Une annulation qui impose l’organisation de deux conférences.

Le gouvernement du Cameroun n’a jamais vraiment voulu de cette « All Anglophone Conference » (AAC) que projetait d’organiser le Cardinal Christian Tumi à Buea dans le but de rechercher des solutions de sortie de crise à lui proposer. Si certains ministres ont affirmé du bout des lèvres que toutes les initiatives en vue d’obtenir la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NO/SO) étaient les bienvenues, ils n’ont à aucun moment retenu les militants du parti au pouvoir (RDPC) et leurs alliés (le G20 et les opposants qui s’opposent à l’opposition) qui se répandaient en dénigrement de ce projet et de son initiateur dans les médias.

Le discours d’investiture du Président Paul Biya le 06 novembre 2018 est venu conforter les doutes sur l’effectivité de la tenue de cette AAC à Buea. Pas un mot du Chef de l’Etat sur cette initiative. Au contraire, la menace claire que les sécessionnistes et terroristes, s’ils ne déposaient pas les armes, allaient avoir en face d’eux une armée déterminée, augurait de l’éloignement de toute perspective de dialogue. Et le Cardinal Tumi, du haut de son grand âge, l’avait certainement bien compris.

Au-delà des menaces de mort contre sa personne qu’il disait recevoir, Dr Simon Munzu, cheville ouvrière de cette AAC a probablement démissionné aussi parce qu’il savait qu’elle ne se tiendrait pas dans le contexte actuel. Elie Smith son remplaçant au secrétariat de l’AAC est trop futé aussi pour ne pas avoir compris depuis un moment qu’ils allaient droit vers un mur. Et ce n’est pas faute d’autorisation formelle des autorités de la ville de Buea.

En réalité, avec la guerre qui se poursuit sur le terrain, la AAC du Cardinal Tumi n’avait aucune chance de regrouper des personnalités anglophones autres que celles qui sont encore tolérées par le régime en place. Aucun radical qui se trouverait caché dans la forêt ou exilé à l’étranger ne pouvait s’aventurer à Buea dans une salle de réunion, sans courir le risque d’être arrêté. L’épisode de l’arrestation de Me Agbor Balla Nkongho et consort est encore présent dans les esprits.

A l’observation, l’annulation de la AAC du 21 novembre 2018 révèle une évidence : ce n’est pas une AAC à Buea qu’il faut organiser, mais il en faut une autre qui se tiendrait hors du Cameroun. Celle de Buea servirait alors à recueillir les avis et propositions de solutions des anglophones modérés acceptés par le gouvernement, ainsi qu’à désigner leurs représentants à la 2ème AAC hors du pays.

Cette 2ème AAC que pourrait abriter un pays anglo-saxon africain (en dehors du Nigéria) comme le Ghana, ou l’Afrique du Sud, ou le Kenya par exemple, pourrait donc accueillir les anglophones camerounais radicaux qui ne peuvent pas mettre les pieds au Cameroun sans être inquiétés par la justice du pays. Le Cardinal Christian Tumi pourrait solliciter la présence à cette AAC hors du Cameroun, de prélats d’autres pays qui ont une bonne expérience dans la gestion des conflits et la modération de ce type d’assemblées. L’Union Africaine et d’autres organisations internationales crédibles y assisteraient comme observateurs et témoins de l’histoire.

Au terme des deux AAC, le gouvernement camerounais aura donc sur sa table les propositions de sortie de crise des anglophones modérés et radicaux du Cameroun. Et il leur réservera la suite qu’il voudra. En tout cas, le Cardinal Tumi aura au moins contribué à clarifier les positions du côté des populations du NO/SO.

L’organisation de deux AAC posera certainement le problème de leur financement. Mais ce n’est pas l’expertise qui manque au Cameroun en général, et chez les anglophones en particulier, pour démêler un tel écheveau financier.

Charles MONGUE-MOUYEME

30 November 2020 à 05:37 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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