Football : Le Cameroun en panne de talents purs

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Les éliminations de Newstars de Douala et Cotonsport de Garoua de la coupe de la CAF face à des adversaires médiocres confirment ce constat.

Au regard des prestations d’Asante Kotoko du Ghana et de Gor Mahia du Kenya sur le sol camerounais face à Cotonsport de Garoua et Newstars de Douala respectivement, il est étonnant que les clubs du pays d’Eugène Ekoulé et Jean Manga Onguéné n’aient pas accédé à la phase de poules de la Coupe de la CAF. Avec un brin de nostalgie, on se dit alors que, lorsque le foot local camerounais était flamboyant, des clubs de seconde ligne comme Caïman de Douala ou Lion Cosmos de Yaoundé n’auraient fait qu’une bouchée des adversaires de Cotonsport et Newstars. Canon de Yaoundé, Union de Douala, ou Tonnerre de Yaoundé, les auraient carrément humiliés.

Le pays champion d’Afrique en titre n’a donc pu placer aucune équipe à la phase de poules des compétitions africaines de clubs. Pour expliquer cette déconvenue, on peut évoquer, à raison, les errements dans l’organisation du foot intérieur, qui conduisent les clubs du Cameroun à participer aux compétitions africaines de clubs alors que le championnat  national est en arrêt depuis plus de 5 mois. Mais, malgré cet amateurisme managérial criard et chronique, on ne peut s’empêcher d’incriminer aussi la médiocrité des prestations des joueurs sur le terrain qui est indigne de la réputation footballistique du pays de Roger Milla.

Le footballeur camerounais « local » d’aujourd’hui présente de très grosses lacunes techniques, et il ne montre aucun plaisir à jouer. Et si on ajoute son manque de personnalité, de charisme sur le terrain, alors on comprend aisément pourquoi la sélection nationale A’ qui prend part au CHAN (Championnat d’Afrique des Nations) est si faible. Même le « Hemle » (fighting spirit) qui était la marque de fabrique du Cameroun a manqué aux joueurs de Cotonsport et Newstars. On peut croire que les consignes d’entraîneurs peu joueurs brident le talent des joueurs camerounais, mais un footballeur doué qui a de la personnalité ne peut pas se laisser comprimer bien longtemps, surtout lorsque son équipe est en péril.

Quelles consignes d’entraîneur du Canon de Yaoundé  auraient pu empêcher que Grégoire Mbida enchaîne les changements de direction ponctués de crochets secs, qu’Abéga Théophile (Rip) éreinte les adversaires avec ses mouvements de hanches et de chevilles ? Qu’est-ce qui, dans l’Union de Douala, aurait pu retenir l’ordinateur Joseph Kamga de délivrer ses passes millimétrées au virevoltant Joseph Enanga avec ses frappes puissantes ? Comment aurait-on pu échapper aux gris-gris techniques indescriptibles de Jean-Louis Mama (Rip) ou au dribbles ensorceleurs de Zepa Alassa lorsque le Tonnerre de Yaoundé était menacé ?

Qu’on l’admette ou non, le football camerounais est en panne de joueurs de grand talent, ces artistes du ballon qui pouvaient changer le cours d’un match en faveur de leur club grâce à des prouesses techniques et des gestes décisifs hors du commun. On en trouvait quasiment dans tous les clubs d’élite : Oumarou Mamoudou (Kohi de Maroua), Makota (Dragon de Douala), Serge Tsémo (Racing de Bafoussam), Epara (Aigle de Nkongsamba), Cyrille Mackanaky (Unisport de Bafang), Maranga (PWD de Bamenda), Roger Makongue (Léopard de Douala), Eyobo (Dynamo de Douala) pour ne citer que ces exemples.

La panne du foot camerounais en talents purs arrive avec de la prolifération des écoles et centres de formation de fortune dans le pays, l’apparition d’éducateurs et d’entraîneurs diplômés plus prétentieux que compétents et efficaces, la disparition des vrais championnats inter-quartiers de vacances, la prise en main des clubs par des dirigeants faussement passionnés de foot mais réellement négriers des temps modernes, l’avènement d’agents de joueurs véreux, la prise en otage du foot camerounais par des maffias avides d’argent et d’honneurs immérités, et surtout la disparition de la race de dénicheurs et de formateur de pépites passionnés du genre Ndoumbè Mondo, Mbette Isaac, Ondoa François, Ibrahim, Essono Pie, etc.

Avec la mauvaise gouvernance du pays, les aires de jeu ont progressivement disparu de nos cités et écoles, ce qui a contribué à réduire à la portion congrue les occasions de pratiquer le foot chez les jeunes camerounais. Ceux qui jouent assez souvent sont poussés par des parents qui veulent voir éclore un Samuel Eto’o dans leur famille pour changer leur vie. Pourtant, Dieu sait le nombre de grands talents qui ont explosé à force de jouer dans les quartiers ou dans les établissements scolaires.

La panne de footballeurs de talent dont souffre le Cameroun peut être résorbée. Car, lorsqu’on s’arrête pour regarder des enfants qui jouent dans les rares terrains vagues qui restent, on réalise qu’il y a de la matière première de qualité. Mais il faudra beaucoup d’humilité de la part des encadreurs de footballeurs, et le retour à une éthique minimale dans les milieux du foot pour ce faire. Et si les dirigeants du foot au Cameroun décidaient de devenir « intelligents », ils se rapprocheraient de leur frère de sang Wilfried Mbappè, le papa de Kylian Mbappè, pour bénéficier de son savoir discret et efficient. Car, quand on voit le niveau de talent et de personnalité de Kylian Mbappè, son encadreur de père a forcément de bonnes pratiques à enseigner à son pays d’origine.

Mais peut-on espérer une telle démarche dans un pays qui avait rejeté comme un malpropre son fils Eugène Njo Léa (Rip) dont le crime avait été de vouloir instaurer le foot professionnel au Cameroun comme il a contribué à la faire en France ?

Charles MONGUE-MOUYEME

07 July 2020 à 16:48 1
MANDENGUE NDABO FRANKLIN DIDIER

La force de l'analyse. Comment être indifférèrent à propos de ce qui se passe dans pays. Charles M. M. La pertinence de propos au sujet de la situation économique, politique et sociale est catastrophique. Ce que nous avons eu en matière d'élections ( Sénatoriale et Présidentielle ) depuis le début de l'année, n'est rien d'autre qu'un four tout et n'importe quoi. Les sénateurs sont élus et nommés en toute illégalité. Des conseillés municipaux illégaux et surtout pas de présidents de régions, ce sont les deux catégories qui permettent au choix des sénateurs. Le mariage incestueux être le RDPC, ELECAM, MINAT et le Conseil Constitutionnel, a montré à suffisance que le pouvoir rdpc veut nous imposer la pratique primitive d'une autre ère. Tu as si bien circonscrit le problème, je suis entièrement d'accord avec toi. Ces Camerounais qui pensent qu'ils ont le ponople sur TOUT sur la gestion de la citée, et que les autres n'ont pas droit au chapitre. Ce régime est à l'origine de la déconstruction de tout ce que nous avions cher.

SAMBA II ALAIN MICHEL

Charles tu as oublié de mentionner qu’après avoir fait le tour de Yaoundé pendant deux jours, le PRESI/ CAF a déclaré n'voir observé ni ressenti aucun nid de poule dans les rues de cette ville. Meme le Directeur du protocole d'état qui le raccompagnait au perron du palais avait souri d'étonnement. De là, moi j'avais compris qu'il était déjà dans la sauce gombo, une spécialité bien de chez nous.

ABEGA Joseph Bertin

Bonjour Charles, Tu fais une peinture on ne peut exacte de la situation de notre football. Mais moi je retiens une seule couleur dont l'absence nous rend plus nostalgique voir triste aujourd'hui: le rose. "Le football rose". Oui rose comme beauté! moi je pense que c'est la clé du succès. lors d'un match de foot, combien de gestes techniques pouvons nous compter? Souvent pas un seul. Nous avons eu de grands talents sortis "des coups faibles", "têtes tombes", "des contre-poteaux", "des couloirs", "des solos (petits ponts)", "des comptes (jonglages)"...etc. Nous allions aux stades tous les dimanches en s'accrochant sur le bras d'un aîné pour tricher les dribles de Mbida, Mama, Emana, Milla...les tacles de 05m d'Onana, d'Aoudou et le lundi, même le maître ou le prof avait de la peine à imposer le calme dans la salle de classe pour commencer le cours. Quel entraîneur ou moniteur de foot permet à son apprenant de dribler un ou deux joueurs sans qu'il ne le gronde? Je vous dis qu'il y avait des joueurs aussi talentueux aux quartiers que certains divisionnaires comme on les appelait à l'époque. L'aisance technique était au rendez-vous. Tenez! avec peut-être un peu de prétention, Tonnerre de Yaoundé de l'époque avait le fond de jeu de Barcelone d'aujourd'hui, d'où le nom de "Kalara", "le book" le foot champagne (onze passes). Bref avec l'aide des entraîneurs, les joueurs doivent pratiquer du beau et bon football, ils doivent prendre plaisir à jouer comme Ronaldinho, Jean-Luis Mama par exemple. Ainsi les spectateurs reviendrons aux stades, et les supporteurs participerons aux cotisations, et les joueurs seront mieux payés pour leur talent et ils se vendront cher...etc. BRAVO à toi Charles pour l'évocation de ce sujet si intéressant !

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