Crises camerounaises : Les communicateurs manquent de sang froid

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Le gouvernement, les partis politiques, et les forces de défense n’arrivent pas à prendre de la hauteur face aux assauts des réseaux sociaux.

Crise politique, crise économique, crise sociale, crise sécuritaire, etc., le Cameroun croule sous le poids des multiples  dysfonctionnements de son organisation et de sa gouvernance. La communication devrait être l’un des éléments déterminants pour le désamorçage de toutes ces crises, mais on observe plutôt qu’elle les attise. Et pour cause !

Les personnes en charge de la communication dans nos institutions et organisations n’ont pas intégré dans les éléments qui construisent leur confort psychologique les effets de la démocratisation de la parole publique, consécutive à la prolifération des médias et à l’avènement des réseaux sociaux. Aujourd’hui, il suffit d’avoir accès à Internet pour pouvoir donner son avis sur tout et sur tous. Plus besoin d’être dans le carnet d’adresse de quelque journaliste pour avoir le droit de s’exprimer publiquement via interviews et émissions de débats.

Comment (dé)dramatiser sans banaliser ? Comment (dé)culpabiliser sans affabuler ? Comment déresponsabiliser sans infantiliser ? Comment démentir sans mentir ? Comment contrer sans insulter ? Comment déconstruire sans manipuler ? Comment diaboliser sans fantasmer ? Comment rassurer sans mystifier ? Telles sont les dilemmes que doivent résoudre aujourd’hui les communicateurs institutionnels. Dans le contexte actuel, il faut reconnaître qu’il faut beaucoup de self control pour ne pas choisir la voie de la facilité, le chemin inverse de l’éthique.

Côté gouvernement, lorsqu’on écoute ou lit le porte-parole, ainsi que les cadres qui sont envoyés dans les médias pour communiquer au nom des pouvoirs publics, il est rare de ne pas percevoir de l’arrogance, du mépris, de l’intimidation, des contrevérités, la volonté d’humilier, et parfois de la haine vis-à-vis de tous ceux qui ne partagent pas leurs avis. Le vocabulaire est bien choisi pour blesser « l’ennemi ». Les points de presse et les communiqués sont mis à profit pour répondre à tous ceux qui critiquent ou tiennent des propos durs ou insultants contre les gouvernants lors des débats à la télé ou sur les réseaux sociaux.

Côté opposition, la dramatisation des actes négatifs du pouvoir répond à la diabolisation subie, et le populisme à l’arrogance. Influencés par les échanges sur les réseaux sociaux, les chargés de communication des partis politiques et des associations politiques de la société civile grossissent souvent les traits à dessein pour émouvoir et révolter. On use et abuse parfois de propos outranciers envers les « officiels » pour démontrer son courage et récolter les « like » sur les réseaux sociaux. Ici aussi on ne se retient pas de répondre aux méchancetés des internautes et des débatteurs cathodiques, au point de se tromper régulièrement de combat et d’adversaire, de chasser l’ombre à la place de la proie.

Le cas le plus préoccupant est celui des forces de défense. On les qualifiait jadis de « grande muette », mais depuis les guerres contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et les sécessionnistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, elles ont un porte-parole très volubile. Alors qu’on aurait pu attendre de lui la neutralité politique, il calque sa communication sur celle du porte-parole du gouvernement. Ici aussi chaque sortie est une occasion de dénigrer les adversaires politiques du pouvoir en place, et de répondre aux propos haineux véhiculés sur les réseaux sociaux par un discours tout aussi haineux. L’image de flegme et de stoïcisme de l’armée est en train de tomber : la « grande muette » rend désormais coup pour coup sur les plans épistolaire et oratoire.

Les communicateurs institutionnels manquent donc de plus en plus de sang-froid. Ils supportent très mal les méchancetés qu’ils lisent et entendent ici et là dans la floraison médiatique actuelle. Ils succombent aussi trop facilement au satisfecit et aux encouragements des pervers qui profitent des espaces offerts par les réseaux sociaux pour se gaver des situations conflictuelles et de l’exacerbation des haines. Ils semblent tous avoir oublié que leur principal rôle est de développer le capital sympathie de leur organisation, et de maintenir la sérénité à l’intérieur et à l’extérieur de celle-ci.

Les communicateurs des entreprises privées qui pouvaient montrer le bon exemple ont malheureusement sombrés eux-aussi dans la communication épidermique qui présente toutes les tares relevées ci-dessus. On a pu l’observer avec la récente affaire du riz en plastique qui a défrayé la chronique au Cameroun. En matière de communication institutionnelle aujourd’hui, tout le monde semble s’être mis en mode « ça sort comme ça sort ».

Il est peut-être nécessaire, pour le retour à une communication normale dans nos institutions, que les chargés de communication reçoivent des enseignements de self control pour devenir de bons encaisseurs et s’éviter de disjoncter à chaque contrariété, ou de s’enflammer à chaque applaudissement.

Charles MONGUE-MOUYEME

07 April 2020 à 17:20 0
MANDENGUE NDABO FRANKLIN DIDIER

La force de l'analyse. Comment être indifférèrent à propos de ce qui se passe dans pays. Charles M. M. La pertinence de propos au sujet de la situation économique, politique et sociale est catastrophique. Ce que nous avons eu en matière d'élections ( Sénatoriale et Présidentielle ) depuis le début de l'année, n'est rien d'autre qu'un four tout et n'importe quoi. Les sénateurs sont élus et nommés en toute illégalité. Des conseillés municipaux illégaux et surtout pas de présidents de régions, ce sont les deux catégories qui permettent au choix des sénateurs. Le mariage incestueux être le RDPC, ELECAM, MINAT et le Conseil Constitutionnel, a montré à suffisance que le pouvoir rdpc veut nous imposer la pratique primitive d'une autre ère. Tu as si bien circonscrit le problème, je suis entièrement d'accord avec toi. Ces Camerounais qui pensent qu'ils ont le ponople sur TOUT sur la gestion de la citée, et que les autres n'ont pas droit au chapitre. Ce régime est à l'origine de la déconstruction de tout ce que nous avions cher.

SAMBA II ALAIN MICHEL

Charles tu as oublié de mentionner qu’après avoir fait le tour de Yaoundé pendant deux jours, le PRESI/ CAF a déclaré n'voir observé ni ressenti aucun nid de poule dans les rues de cette ville. Meme le Directeur du protocole d'état qui le raccompagnait au perron du palais avait souri d'étonnement. De là, moi j'avais compris qu'il était déjà dans la sauce gombo, une spécialité bien de chez nous.

ABEGA Joseph Bertin

Bonjour Charles, Tu fais une peinture on ne peut exacte de la situation de notre football. Mais moi je retiens une seule couleur dont l'absence nous rend plus nostalgique voir triste aujourd'hui: le rose. "Le football rose". Oui rose comme beauté! moi je pense que c'est la clé du succès. lors d'un match de foot, combien de gestes techniques pouvons nous compter? Souvent pas un seul. Nous avons eu de grands talents sortis "des coups faibles", "têtes tombes", "des contre-poteaux", "des couloirs", "des solos (petits ponts)", "des comptes (jonglages)"...etc. Nous allions aux stades tous les dimanches en s'accrochant sur le bras d'un aîné pour tricher les dribles de Mbida, Mama, Emana, Milla...les tacles de 05m d'Onana, d'Aoudou et le lundi, même le maître ou le prof avait de la peine à imposer le calme dans la salle de classe pour commencer le cours. Quel entraîneur ou moniteur de foot permet à son apprenant de dribler un ou deux joueurs sans qu'il ne le gronde? Je vous dis qu'il y avait des joueurs aussi talentueux aux quartiers que certains divisionnaires comme on les appelait à l'époque. L'aisance technique était au rendez-vous. Tenez! avec peut-être un peu de prétention, Tonnerre de Yaoundé de l'époque avait le fond de jeu de Barcelone d'aujourd'hui, d'où le nom de "Kalara", "le book" le foot champagne (onze passes). Bref avec l'aide des entraîneurs, les joueurs doivent pratiquer du beau et bon football, ils doivent prendre plaisir à jouer comme Ronaldinho, Jean-Luis Mama par exemple. Ainsi les spectateurs reviendrons aux stades, et les supporteurs participerons aux cotisations, et les joueurs seront mieux payés pour leur talent et ils se vendront cher...etc. BRAVO à toi Charles pour l'évocation de ce sujet si intéressant !

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