Présidentielle 2018 – Cameroun : Ces opposants qui soutiennent le pouvoir par l’absurde

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Ils appelaient à la coalition de l’opposition pour la présidentielle 2018. N’ayant pas été entendus, ils appellent désormais à « punir » les candidats de l’opposition en « jetant leurs bulletins de vote à la poubelle ». Accès de colère, ou stratégie bien pensée pour faire rempiler le président sortant ?

Ils se seraient éclipsés de la scène politico-médiatique pendant la campagne électorale, on aurait compris qu’ils étaient dépités de ne pas avoir réussi leur mission d’érection d’un candidat unique de l’opposition face au président Paul Biya, en poste depuis 36 ans. On aurait deviné qu’ils se mettaient en retrait pour ne pas participer à l’échec cuisant de l’opposition qu’ils disent certains sans coalition.

Mais les leaders auto-proclamés de la nébuleuse dénommée « peuple du changement » ont plutôt décidé d’intensifier leurs sorties médiatiques, non plus pour inciter à la coalition, mais pour appeler les populations à jeter dans la poubelle des isoloirs les 9 bulletins de vote qu’elles recevront le 7 octobre 2018, jour du scrutin. Ce curieux mot d’ordre de la part d’opposants qui disaient vouloir faire tomber le régime en place, apparaît comme une manière très subtile de lui dérouler le tapis rouge vers un mandat supplémentaire.

Car ces leaders du « peuple du changement » n’ont eu de cesse de déclarer depuis plusieurs mois, que le président Biya disposait d’un électorat indécrottable qui ne pouvait être inquiété que si l’ensemble de l’opposition s’alignait derrière un candidat unique. Ils savent donc pertinemment que l’appel au vote blanc n’a aucune chance de prospérer dans les rangs du pouvoir en place.

Il faut rappeler que le discours de ces leaders du « peuple du changement » est relativement ambigu : comment peut-on en effet outrager en permanence des candidats à une élection présidentielle et les inviter à s’unir pour s’assurer la victoire ? De quel changement parle-t-on lorsqu’on veut remplacer un gouvernant qu’on trouve mauvais par un opposant qu’on diabolise soi-même au quotidien ?

Si le combat de ces leaders du « peuple du changement » était véritablement sincère et courageux, pourquoi n’ont-ils pas désigné parmi les 8 candidats qu’ils classent eux-mêmes dans l’opposition, celui qu’ils considéraient meilleur, et demandé aux populations qui réclament l’alternance de s’aligner derrière lui en ignorant les autres ? Eux si friands de statistiques brutes, n’auraient-ils pas pu réaliser un sondage auprès du « peuple du changement » pour désigner LE candidat à soutenir face au président Biya ? Ainsi, au lieu d’appeler à voter blanc, ils auraient simplement recommandé de punir les candidats qui refuseraient de s’aligner derrière le choix du « peuple du changement ».

Ils se sont bornés à désigner Jean-Jacques Ekindi (Coordonnateur du Mouvement Progressiste) et Pierre Kwemo (Président de l’Union des Mouvements Socialistes) comme facilitateurs de la coalition devant aboutir à la désignation d’un candidat unique de l’opposition. Le premier désigné a récemment déclaré son soutien à la candidature du président Biya, et le second ne s’est jamais prononcé publiquement sur ce sujet. Comment, avec le revirement de M. Jean-Jacques Ekindi, ne pas soupçonner que l’appel au vote blanc des leaders du « peuple du changement » n’est que l’aboutissement d’une stratégie savamment pensée pour ôter la moindre chance à l’alternance ?

Qu’on le veuille ou non, cela ressemble beaucoup à une utilisation en politique de la méthode de l’absurde : se proclamer apôtre d’une candidature unique-panacée de l’opposition, pour mieux favoriser la victoire du régime en place.

Oui, dans un pays où politique est synonyme d’entourloupe, on a de bonnes raisons d’avoir des doutes sur les vrais mobiles de l’action des leaders du « peuple du changement ».

Charles MONGUE-MOUYEME

Il y a 19 heures 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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