AhmadCameroun : Le CHAN du signe

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Par Charles MONGUE-MOUYEME ►

Le chant des patriotes-souverainistes s’élève pour célébrer l’attribution du CHAN 2020 au Cameroun par Ahmad Ahmad. Pourvu que ce ne soit pas le chant du cygne de la CAN 2021.

Selon l’annonce faite par le Président de la CAF à la presse, une réunion extraordinaire du Comité Exécutif (CE) de la CAF s’est tenue avant le tirage au sort des groupes de la phase finale de la CAN TOTAL 2019 en Egypte qui a eu lieu le 12 avril 2019. Dans sa sortie, Ahmad Ahmad précise que cette assise a duré longtemps, mais elle n’a accouché que de 2 importantes décisions : celle de retirer le CHAN 2020 à l’Ethiopie qui ne pouvait pas être prête, et celle de le réattribuer au Cameroun par « accord tacite ».

Doit-on croire que certains membres du CE de la CAF n’étaient pas d’accord qu’on retirât cette compétition à l’Ethiopie, ou c’est plutôt sa réattribution au Cameroun qui faisait problème ? Est-ce la longueur de ce CE qui justifie aussi que jours après sa tenue, son communiqué officiel ne soit toujours pas disponible sur le site de la CAF ? Seuls les initiés au langage des signes peuvent répondre à ces questions.

Les non-initiés remarquent simplement que ni le communiqué final de la session du CE du 30 novembre 2018, ni celui du CE du 8 janvier 2019 n’ont mentionné le « glissement » de la CAN de 2019 à 2021 pour le Cameroun, ni celui de 2021 à 2023 pour la Côte d’Ivoire ou celui de 2021 à 2023 pour la Guinée. Et en énonçant les décisions fortes du CE tenu avant le tirage au sort de la CAN TOTAL 2019, le Président de la CAF n’a pas évoqué la confirmation du fameux « glissement » de dates. Et si c’était un signe que certains membres du CE de la CAF ont des chaussures antidérapantes et résistent au « glissement » ?

Dans son discours d’ouverture lors de la cérémonie de tirage au sort de la CAN TOTAL 2019, le Président Ahmad a remercié nommément les Chefs des Etats du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, et de la Guinée pour leur acceptation du « glissement » de dates. On peut d’ailleurs remarquer qu’il ne rate plus une seule occasion, depuis son passage à Yaoundé avant l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, de chanter les louanges du Président de la République du Cameroun. Ces incessantes attentions ne sont-elles pas souvent le signe qu’on se sent redevable de quelque chose à quelqu’un ?

En annonçant le retrait du CHAN 2020 à l’Ethiopie, Ahmad Ahmad n’a eu aucune parole aimable envers ce pays (qui a pourtant une dame à sa tête), comme ce fut le cas pour le Cameroun le 30 novembre 2018. Pourtant, les 2 retraits présentent le même motif : retard irrattrapable dans l’exécution des préparatifs de la compétition. Est-ce à dire que la Présidente éthiopienne n’avait montré aucun engagement et n’avait impulsé aucun effort particulier pour accueillir le CHAN 2020 pour qu’elle ne bénéficie pas aussi d’un « glissement » de date du CHAN accompagné de propos laudateurs ?  

Les ultra-patriotes souverainistes du Cameroun qui jubilent aujourd’hui parce qu’on a arraché le CHAN 2020 à l’Ethiopie pour l’attribuer à leur pays, se souviennent-ils à quel point ils insultaient le Maroc d’attenter à leur CAN 2019 ? Ne triomphent-ils pas trop vite, quand on sait qu’une procédure des Comores contre la CAF au TAS peut entraîner la suspension du Cameroun pour les CAN 2019 et 2021 ? Cet « accord tacite » et secret (il n’a même pas fuité au pays des fuites d’infos qu’est le Cameroun !) entre le Président Ahmad et le Cameroun sur le dos de l’Ethiopie n’est-il pas le signe que le CHAN 2020 pourrait servir de compensation au cas où ça se passe mal au TAS ?

Le CHAN 2020 se tient à partir du mois de janvier. Il se joue à 16 nations, donc au moins sur 4 sites de compétition. Que la Fecafoot ou le gouvernement du Cameroun, 5 jours après s’être fait réattribuer le CHAN 2020, n’aient encore fait aucune annonce solennelle de cette autre « victoire diplomatique » de Son Excellence Paul Biya est assez surprenant par ces temps où on classe même un complexe sportif en chantier et loin d’être achevé parmi les 10 meilleurs stades du monde, pour se bercer de l’illusion que le pays se porte bien. Et si c’était un signe que le Cameroun officiel subodore que ce CHAN 2020 est un piège pour mettre à nu l’incapacité du pays à organiser la CAN même si elle n’avait pas changé de format ?

Sauf si la CAF va la financer entièrement, l’organisation du CHAN 2020 va coûter aussi beaucoup d’argent au Cameroun. Et avec les délais qui restent avant Janvier 2020 (3 mois de saison des pluies inclus), il faudra une Super Task Force à la Présidence de la République et un plan d’urgence renforcé pour qu’au moins pour cette compétition mineure, le Cameroun soit prêt le jour (secrètement) dit. Ainsi donc, un pays où le foot se meurt va lourdement s’endetter sur plusieurs générations de contribuables, pour organiser des fêtes du foot africain. C’est le signe d’une gouvernance comment ?

Les camerounais ont assisté à un pillage géant des ressources de l’Etat qui a conduit au retrait de la CAN 2019 au pays de Samuel Eto’o. Aucune sanction. Les mêmes individus vont encore se lancer dans les préparatifs du CHAN 2020 : est-ce que c’est bon signe ? Et le peuple qui laisse faire : c’est le signe de quoi ça ?

Charles MONGUE-MOUYEME

17 July 2019 à 14:52 0
Deffo Jean-Pierre

Tu as trois fois raison Charles. J'ai compris très tôt que Abel Elimbi Lobé était la taupe du pouvoir. Mon problème c'est que plusieurs médias ont prêté le flanc à cette supercherie en donnant surabondament la parole à cet allié non assumé du parti au pouvoir. Dommage pour ce peuple qui a soif d'une autre façon de gouverner.

TIOBOU Jean-Marie

Ouf !!!! Quelle peinture mon grand frère ! Dans ce cirque les leçons nous donnent de comprendre que la tricherie est érigée en.modèle de société d'une part. D'autre part qu'il y'a des immuables... des immortels. S'ils pouvaient se souvenir de Mumbutu S. SEKO qui se prenait pour le Dieu !!!! Je prie et souhaite que l'esprit de PAIX règne et conduit à renouer avec nos frères et soeurs des zones en crise.

Fernant Nenkam

Je tire la graisse de ce test pour cuire la chair de l'ami Charles Mongue-Mouyemé. "Selon les statuts de la FECAFOOT, le dirigeant d’une entreprise publique ou parapublique ne peut plus postuler à la présidence de la Fécafoot pour des nécessités de disponibilité". Le poste occupé par Martin Camus Mimb Hiol n'est pas électif et sa radiodiffusion n'est non plus ou parapublique.

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