Interview Charles MONGUE-MOUYEME : « Il y a bien longtemps que les Lions participent à l’effort de guerre »

photo article ici

Le Cameroun prend part à la 32e édition de la Coupe d’Afrique des nations de football 2019 en Egypte. Quelles sont les chances des champions d’Afrique en titre dans cette compétition ?

Elles sont les mêmes qu’au départ de la CAN 2017 au Gabon, c’est-à-dire très faibles quant à la victoire finale. Les Lions Indomptables prennent part à la CAN 2019 en Egypte avec une équipe dont le jeu ne convainc pas grand monde, des joueurs dont la sélection est discutée et une grosse querelle sur les primes. En 2017 au Gabon, le jeu du Cameroun était peu alléchant, avec plusieurs joueurs sans CV important, une ambiance lourde due à la mise à l’écart de certains joueurs-cadres, et une querelle larvée sur les primes. Si en 2017 la sélection du Cameroun qui n’avait pas fière allure a surpris, celle de 2019 est très attendue, ce qui hypothèque encore plus ses chances de conserver le titre de champion d’Afrique. Dans tous les cas, avec la composition de leur poule et la possibilité de qualification des 4 meilleurs 3ème, les Lions Indomptables devraient être admis au second tour, étape à partir de laquelle leur solide mental, quand ils l’ont, fait souvent la différence même face à des adversaires supposés supérieurs.

Les Lions Indomptables sont logés dans le groupe F, en compagnie de la Guinée-Bissau, du Ghana et du Bénin. Peuvent-ils terminer en tête de cette poule ?

Si on s’en tient au palmarès et à la notoriété des équipes qui composent le groupe F, on attribuerait d’avance la 1ère place aux Lions Indomptables, compte tenu de leur ascendant psychologique sur les Black Stars du Ghana, seule équipe du groupe qui a leur carrure. Mais les équipes dites petites sont de moins en moins complexées aujourd’hui face aux « grandes », et lorsqu’on a vu l’Ouganda, le Zimbabwe et Madagascar lors de leur 1ère sortie à la CAN 2019, il est difficile de ne pas observer de la réserve sur le leadership du Cameroun dans son groupe. Le jeu sans relief pratiqué par les Lions Indomptables pendant leur préparation ne présage pas qu’ils domineront de la tête et des épaules leur poule. L’hypocrite bonne ambiance qui règne au sein du groupe non plus. Mais comme Oyongo Bitolo et ses coéquipiers ont appris à avancer en mode résilience, tout est possible.

Avant de quitter le Cameroun vendredi dernier, les poulains de Seedorf ont observé une grève par rapport aux primes. Comment peut-on définitivement régler ce problème régulièrement enregistré dans la tanière à la veille des compétitions ?

L’amateurisme dans la gestion de nos sélections nationales, qui engendre ces problèmes de primes, dure depuis un peu moins d’une quarantaine d’années, ce qui correspond à la durée du système gouvernant en place au Cameroun. La promotion des médiocres, la corruption, la cupidité, l’iniquité et l’impunité qui caractérisent ce système ont gangrené tous les secteurs de la vie du pays, y compris donc le football. Votre question revient donc à se demander comment mettre fin à un système de gouvernance si peu vertueux qui étouffe l’intelligence, la compétence et les talents pour servir les intérêts égocentriques de ceux qui en tiennent les manettes. L’histoire de l’humanité nous enseigne que des peuples ont souvent réussi à inverser ce genre de sinistres situations. La solution durable au problème des primes des Lions indomptables se trouve donc entre les mains du peuple camerounais.

Les Lions devaient-ils participer à l'effort de guerre en acceptant 20 millions Fcfa?

Il y a bien longtemps que les Lions participent à l’effort de la longue guerre contre la paupérisation généralisée et la déshumanisation que mènent les populations camerounaises depuis plusieurs décennies. A travers leurs investissements au pays, les aides à leurs familles, et leurs contributions aux œuvres sociales publiques et privées. C’est cette guerre principale qui entraîne celle contre Boko Haram à l’Extrême-Nord et celle fratricide au NOSO auxquelles votre question renvoie certainement. Pendant que les Lions étaient en train de refuser la prime de 20 millions de francs CFA, un des leurs (Bassogog) était en train de faire un don de 20 millions de francs CFA à 2 lycées du Cameroun : cela ne vous démontre-t-il pas qu’il s’agit pour les Lions moins d’un problème de montant de leur prime que de questions de respect des engagements, d’équité et de justice ? Opposer des guerres scélérates à la réclamation par les Lions Indomptables de la juste rémunération de leurs efforts qui produisent d’ailleurs d’importants fruits en argent, et en notoriété pour le Cameroun est simplement malhonnête et ingrat.

Votre avis sur le décret 2014 organisant le fonctionnement des sélections nationales de football...

C’est un décret qui a été fait dans la précipitation après la grève au sujet des primes des Lions à Yaoundé avant le départ pour la coupe du monde 2014, pour tuer la possibilité qu’avaient les joueurs de négocier leurs primes. Dans cette précipitation, on a même oublié d’inscrire le beach soccer parmi les sélections nationales, alors que le Cameroun a déjà été champion d’Afrique de cette discipline. Ce décret avait aussi pour objectif de faire croire que l’Etat laissait désormais la main à la Fecafoot pour la gestion des sélections nationales de football, ce qui n’était pas vrai, et ceux qui ont eu la lucidité de bien le lire l’ont vite compris. Mais ce qu’on a surtout oublié de faire en préparant ce décret, c’était de le confronter aux pratiques tatillonnes de notre administration publique, et aux usages au sein de la Fecafoot et des confédérations internationales (CAF, FIFA, CIO), pour mieux envisager son applicabilité. Aujourd’hui, il est évident que ce décret est mauvais et inopérant.

À quoi servent finalement les subventions de la Fifa et de la Caf ?

Très bonne question à laquelle 2 comités de normalisation de suite à la tête de la Fecafoot auraient dû apporter des réponses claires. Malheureusement, ces juristes et financiers de « haut vol » ont séjourné à la fédération, grassement rémunérés, et l’ont laissé en l’état, c’est-à-dire avec ses placards toujours bien fermés, malgré les mauvaises odeurs qui s’en échappaient. Les ministres en charge du sport se succèdent, mais, nonobstant le droit de regard qu’ils ont sur la Fecafoot, aucun n’a jamais montré une volonté sincère de faire la lumière sur l’utilisation faite des subventions de la FIFA et de la CAF, auxquelles il faut ajouter celles de l’Etat et les contrats de sponsoring.

Propos recueillis par Renaud Inang (MUTATIONS)

24/06/2019

17 July 2019 à 14:51 0
Deffo Jean-Pierre

Tu as trois fois raison Charles. J'ai compris très tôt que Abel Elimbi Lobé était la taupe du pouvoir. Mon problème c'est que plusieurs médias ont prêté le flanc à cette supercherie en donnant surabondament la parole à cet allié non assumé du parti au pouvoir. Dommage pour ce peuple qui a soif d'une autre façon de gouverner.

TIOBOU Jean-Marie

Ouf !!!! Quelle peinture mon grand frère ! Dans ce cirque les leçons nous donnent de comprendre que la tricherie est érigée en.modèle de société d'une part. D'autre part qu'il y'a des immuables... des immortels. S'ils pouvaient se souvenir de Mumbutu S. SEKO qui se prenait pour le Dieu !!!! Je prie et souhaite que l'esprit de PAIX règne et conduit à renouer avec nos frères et soeurs des zones en crise.

Fernant Nenkam

Je tire la graisse de ce test pour cuire la chair de l'ami Charles Mongue-Mouyemé. "Selon les statuts de la FECAFOOT, le dirigeant d’une entreprise publique ou parapublique ne peut plus postuler à la présidence de la Fécafoot pour des nécessités de disponibilité". Le poste occupé par Martin Camus Mimb Hiol n'est pas électif et sa radiodiffusion n'est non plus ou parapublique.

Laisser votre Commentaire

Articles recents

Articles les plus lus