Cameroun : Les anciennes gloires du sport obligées de s’allier au pouvoir pour exister

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Par Charles MONGUE-MOUYEME

Soutenir le système gouvernant ou sombrer dans l’anonymat, il faut choisir.

A l’observation, la quasi-totalité des vedettes retraitées du sport au Cameroun qui sont socialement visibles appartiennent au RDPC (parti au pouvoir), ou affichent publiquement leur soutien au régime en place. Feu Théophile Abéga était maire RDPC à Yaoundé ; Roger Milla, ambassadeur itinérant, est dans les cercles du pouvoir ; Françoise Mbango a dû se résoudre à s’afficher aux côtés des gouvernants pour cesser d’être la traitresse qui est allée prendre la nationalité française ; Joseph Antoine Bell, pour être admis dans les instances de décision du sport, est devenu un fervent partisan et défenseur du pouvoir ; Rigobert Song, pour être reconnu comme entraîneur de haut niveau, arbore l’écharpe du RDPC ; Samuel Eto’o, l’ancien pestiféré des Lions Indomptables, a dû se déclarer « biyaïste » pour redevenir fréquentable par « Yaoundé ».

Demander à quelqu’un le nom d’une ancienne gloire qui s’épanouit socialement au Cameroun sans faire allégeance au pouvoir est une véritable colle. A tout le moins, elle doit se faire discrète et ne s’occuper que de ses « oignons » (Cyrille Makanaky, William Andem). Comme si elles ont été formatées dans un centre spécialisé, les stars à la retraite du sport camerounais n’osent pas critiquer publiquement le système gouvernant  de leur pays, ce qu’elles font pourtant en privé. Depuis le retour au multipartisme en 1990, on ne se souvient pas d’un célèbre sportif camerounais à la retraite qui a revendiqué son appartenance à un parti d’opposition, ou à une organisation opposée au pouvoir en place.

C’est qu’en fait, ces anciennes vedettes du sport ont bien compris le « système » au Cameroun : se servir de sa notoriété pour critiquer sa gouvernance ou faire ombrage à l’unique star des stars qui trône à la tête du pays, expose le contrevenant à des risques graves. Il voit ses projets torpillés quel que soit le domaine, et son nom inscrit sur la liste noire des personnes à ne jamais nommer à une quelconque fonction importante dans le pays. Du temps où ils étaient en activité ou en pré-retraite, Joseph Antoine Bell et Samuel Eto’o par exemple, ont subi la répression de ce « système », et ils sont échaudés.

Mais comment des anciens Lions qui étaient si vaillants et courageux sur les terrains à travers le monde sont-ils devenus intimidables à ce point par le pouvoir ? Notamment ceux qui sont à l’abri du besoin ? L’opportunisme, le désir de rester sous les feux des projecteurs, et la volonté de montrer qu’ils ont autre chose à donner que la force et l’agilité de leurs muscles, peuvent expliquer cette situation. Les gouvernants l’ont bien compris, et ils en profitent plutôt deux fois qu’une : neutraliser (au sens non militaire du terme) ces potentiels amplificateurs de causes socio-politiques embarrassantes  pour eux ; capitaliser le soutien apparent de ces anciennes vedettes du sport pour soigner leur image et se perpétuer au pouvoir.

Lions Indomptables intraitables hier, agneaux complaisants aujourd’hui. Le Cameroun y gagne-t-il ?

Charles MONGUE-MOUYEME

25 October 2020 à 15:05 1
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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