Le soft-tribalisme

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Par Charles MONGUE-MOUYEME ►

Tribaliste, l’air de ne pas l’être. Une gangrène.

Comme tout cancer qui se respecte, le soft-tribalisme est insidieux, sournois, pernicieux, et fortement mortifère. Il est une forme maligne du tribalisme, et il est en train de gangréner intensément le Cameroun où le tribalisme primaire sévit déjà avec acuité.

Les soft-tribalistes sont ces gens qui vous jurent la main sur le cœur qu’ils ne sont pas tribalistes, que leur condition ne leur permet pas de l’être même si l’idée venait à leur traverser l’esprit. Les soft-tribalistes invoquent généralement leur filiation, leur tissu relationnel, leur environnement de vie ou leur éducation pour démontrer leur distance avec le tribalisme. « Je suis Bulu de père, et ma mère est Bamiléké », « je suis Bassa, mariée à un Toupouri », « je suis Bakweri, mais la plupart de mes amis sont Bassa, et j’ai des enfants Bamoun » ; « je suis né à Mvog-Ada où j’ai passé toute mon enfance, alors que mon père était Duala », « quand nous grandissions, que ce soit au quartier ou à l’école, nous ne nous préoccupions pas de qui était de quelle ethnie » ; telles sont les phrases préférées des soft-tribalistes, qu’ils achèvent souvent par « si je devais soutenir une tribu, ce serait donc laquelle ? Si des tribus en arrivent à se battre, je vais me mettre de quel côté ? »

Presque convaincants n’est-ce pas, nos soft-tribalistes ! Mais ne vous y trompez pas : les esclavagistes Blancs faisaient bien des enfants avec des femmes Noires, mais ils restaient racistes ; au Rwanda, beaucoup de Hutu avaient des amis et parents Tutsi, et inversement, cela ne les a pas empêchés de s’entretuer sur la base du faciès. Un Foulbé peut parfaitement avoir une épouse Sawa, l’aimer sincèrement, mais pratiquer un tribalisme anti-Sawa.

Ecoutez les soft-tribalistes, lisez-les, lorsqu’ils réagissent aux différents événements qui rythment la vie sociale, politique, économique, culturelle et sportive du pays, et vous réaliserez que les considérations tribales sous-tendent très souvent leur raisonnement et leurs positions. Le souci de défendre les leurs, le village, la tribu, est trop lumineux pour être masqué par la teinture d’objectivité dont ils s’efforcent d’envelopper leurs propos, ou la courtoisie qu’ils affichent.

Avec l’avènement des réseaux sociaux et la prolifération des médias, le soft-tribalisme gagne du terrain : il vicie le débat en remplaçant la raison par les sentiments et les émotions ; il empoisonne l’opinion qui analyse désormais les situations sous le prisme des origines tribales des acteurs en présence ; par sa technique qui consiste à banaliser des fautes ou à les dramatiser selon qu’elles sont commises par la tribu qu’on soutient ou celle qu’on pourfend, le soft-tribalisme consume insidieusement la tolérance, la convivialité et le respect entre les tribus.

Pour combattre le soft-tribalisme, il faut œuvrer pour la bonne gouvernance du pays, c’est-à-dire l’instauration effective de l’équité, de la morale, et du culte de l’intérêt général. Le régime actuel a largement montré son inaptitude à pouvoir le faire.

Charles MONGUE-MOUYEME

Il y a 7 heures 0
Nguigjol rose

Merci beaucoup professeur, pour ce plus concernant l'histoire de notre pays, de notre continent et de nos ancêtres.

Abdoulaye Haman

Merci Professeur pour cet éclairage. Tôt au tard la vérité finira par triompher. Que les africains puissent s'approprier leur histoire pour éveil de conscience.

Lissom Céline carnelle

Impressionnant surtout venant de mon beau pays. Je salue tout humblement le travail de recherche qui a été faite alors l'histoire que nous apprenons depuis des années aujourd'hui reste douteuse vu les réalités de ce que vous nous prouvez aujourd'hui. Merci pour l'ouverture d'esprit de ma personne.

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