Consommateur ou Patriote : il faut choisir

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Par Charles MONGUE-MOUYEME ►

Il y a quelques années, face au caractère extraverti de la consommation au Cameroun, et pour protéger les entreprises du pays fragilisées par la concurrence des produits venus d’ailleurs, les autorités du pays ont engagé une campagne « consommez camerounais ». Aujourd’hui, le constat d’échec de cette campagne est patent, et les entreprises de notre pays sont plus que jamais ébranlées par l’entrée massive des produits étrangers dans notre pays. Que faut-il donc faire pour amener les Camerounais à consommer les produits fabriqués dans leur pays ?

Les connaissances développées sur le marketing, notamment dans le domaine de la vente, enseignent que le consommateur, pour acheter un produit, obéit essentiellement aux pulsions de ses motivations. Il est conditionné dans son comportement d’achat par sa culture et sa classe sociale. Ainsi, le consommateur camerounais naît dans un environnement où on lui apprend que son pays est un nain industriel et technologique, et que c’est chez les autres, surtout les occidentaux, qu’on retrouve les vrais produits de qualité. De même, l’atmosphère de tricherie et de corruption dans lequel il se meut au quotidien, le rendent soupçonneux et frileux à l’endroit de tout ce qui émane de ses compatriotes. Et comme dans leur grande majorité les consommateurs de notre pays sont d’un niveau social relativement bas, leurs motivations principales sont la sécurité (il faut être sûr que le produits qu’on achète est bon et qu’il peut durer), et l’économie (avoir toujours la sensation d’avoir fait une bonne affaire en achetant). L’un dans l’autre donc (culture- niveau social- motivations), il est quelque peu logique que les Camerounais soient plus attirés par les produits étrangers que par ceux fabriqués chez eux. Faut-il pour autant que les entreprises camerounaises désespèrent de pouvoir imposer le « made in Cameroon » sur notre marché ?

L’exemple du Yaourt où une entreprise typiquement camerounaise comme CAMLAIT a pu imposer ses produits sur le marché est là pour permettre de répondre par la négative à cette question. Tout comme celui de CCC qui a réussi à asseoir une notoriété certaine pour son savon de ménage. C’est dire qu’une société camerounaise peut très bien revendiquer la camerounité de ses produits et tenir quand même la dragée haute aux produits étrangers. Point n’est besoin donc d’emprunter la voie suicidaire du mensonge qui conduit à étiqueter « Made in USA » des produits locaux, pour tromper la vigilance des consommateurs et espérer s’assurer de bonnes ventes.

Quand on analyse la réussite de quelques produits du Cameroun malgré la concurrence étrangère, on réalise qu’elle est l’apanage des entreprises qui se sont toujours adressées au consommateur et non au patriote, deux entités distinctes logées en chaque individu, en chaque acteur économique. Le consommateur et le patriote que nous avons en nous agissent rarement concomitamment, et les responsables de marketing doivent se garder de les confondre. Car le patriote est guidé par le cœur, et le consommateur par le cœur et la raison. C’est ainsi que l’un se battra pour récupérer les terres de BAKASSI même si leur exploitation ne lui est pas directement bénéfique, et l’autre refusera d’acheter un fer à béton qui hypothéquerait la solidité de sa maison, fut-il fabriqué par une entreprise camerounaise. Le patriote va s’apitoyer sur le sort des employés de CAMAIR qui n’ont pas de salaires, le consommateur ira emprunter AIR France pour être sûr de voyager le jour et à l’heure prévus.

Ce n’est donc pas parce qu’elle aura décliné et clamé sa citoyenneté qu’une entreprise vendra plus de produits. Le consommateur, à travers un produit, achète sa satisfaction, un point c’est tout. L’entreprise doit adapter son offre aux attentes de la cible qu’elle vise, si elle veut donner des chances de succès à ses produits. Certaines personnes, y compris des hommes de marketing, indexent l’Etat qui ne protégerait pas assez la production locale. Ils ont certainement de bonnes raisons de le penser, et nous ne pouvons réfuter cette manière de voir les choses. Seulement, chaque fois que l’Etat hausse les barrières à l’entrée du marché d’un type de produit donné, et que la production locale ne donne pas satisfaction aux consommateurs, cela profite plus à la contrebande qu’aux entreprises locales. Pourquoi voulez-vous qu’un consommateur achète un tee-shirt qui s’effiloche et s’étire dans tous les sens dès le premier lavage, simplement parce que des centaines de familles camerounaises sont nourries par l’entreprise qui les fabrique ? Surtout si on lui propose juste à côté des « made in Taiwan » qui tiennent la route, fussent-ils issus de la contrebande. Est-ce que c’est au consommateur qu’il revient de sanctionner la fraude douanière?  

Se préoccuper des attentes des consommateurs, malgré sa relative efficacité, n’est cependant pas la panacée pour faire trôner le « fabriqué au Cameroun » sur le territoire national. Les hommes de marketing doivent également étudier les forces et les faiblesses des produits étrangers prisés par les consommateurs pour pouvoir bien positionner les leurs sur le marché. Savoir par exemple que les produits chinois  se distinguent par leurs bas prix, et que ceux de la contrebande sont généralement plus agressifs dans la distribution, peut permettre à une entreprise camerounaise de revoir sa stratégie marketing pour escompter des résultats meilleurs.

Le consommateur, en individu qui respecte son espèce, est à la fois ondoyant, divers, et imprévisible, raison pour laquelle les responsables marketing dans les PME ou les Grandes Entreprises, doivent analyser en permanence les besoins, désirs, attentes, et perceptions des consommateurs, ainsi que leur comportement d’achat.

Les entreprises doivent laisser les pouvoirs publics s’occuper du patriote, avec le risque, si la communication en sa direction est mal menée et tombe dans les oreilles du consommateur, de conforter dans l’esprit de ce dernier que notre production locale n’est pas sortie de l’enfance, et qu’elle n’est donc pas compétitive. Par certains côtés, il faut l’avouer, cette affaire-là prend les allures de la quadrature du cercle.

Charles MONGUE-MOUYEME

Publié dans « Idées Nouvelles » N°005 mars-avril 2005

Il y a 22 heures 0
MANDENGUE NDABO FRANKLIN DIDIER

La force de l'analyse. Comment être indifférèrent à propos de ce qui se passe dans pays. Charles M. M. La pertinence de propos au sujet de la situation économique, politique et sociale est catastrophique. Ce que nous avons eu en matière d'élections ( Sénatoriale et Présidentielle ) depuis le début de l'année, n'est rien d'autre qu'un four tout et n'importe quoi. Les sénateurs sont élus et nommés en toute illégalité. Des conseillés municipaux illégaux et surtout pas de présidents de régions, ce sont les deux catégories qui permettent au choix des sénateurs. Le mariage incestueux être le RDPC, ELECAM, MINAT et le Conseil Constitutionnel, a montré à suffisance que le pouvoir rdpc veut nous imposer la pratique primitive d'une autre ère. Tu as si bien circonscrit le problème, je suis entièrement d'accord avec toi. Ces Camerounais qui pensent qu'ils ont le ponople sur TOUT sur la gestion de la citée, et que les autres n'ont pas droit au chapitre. Ce régime est à l'origine de la déconstruction de tout ce que nous avions cher.

SAMBA II ALAIN MICHEL

Charles tu as oublié de mentionner qu’après avoir fait le tour de Yaoundé pendant deux jours, le PRESI/ CAF a déclaré n'voir observé ni ressenti aucun nid de poule dans les rues de cette ville. Meme le Directeur du protocole d'état qui le raccompagnait au perron du palais avait souri d'étonnement. De là, moi j'avais compris qu'il était déjà dans la sauce gombo, une spécialité bien de chez nous.

ABEGA Joseph Bertin

Bonjour Charles, Tu fais une peinture on ne peut exacte de la situation de notre football. Mais moi je retiens une seule couleur dont l'absence nous rend plus nostalgique voir triste aujourd'hui: le rose. "Le football rose". Oui rose comme beauté! moi je pense que c'est la clé du succès. lors d'un match de foot, combien de gestes techniques pouvons nous compter? Souvent pas un seul. Nous avons eu de grands talents sortis "des coups faibles", "têtes tombes", "des contre-poteaux", "des couloirs", "des solos (petits ponts)", "des comptes (jonglages)"...etc. Nous allions aux stades tous les dimanches en s'accrochant sur le bras d'un aîné pour tricher les dribles de Mbida, Mama, Emana, Milla...les tacles de 05m d'Onana, d'Aoudou et le lundi, même le maître ou le prof avait de la peine à imposer le calme dans la salle de classe pour commencer le cours. Quel entraîneur ou moniteur de foot permet à son apprenant de dribler un ou deux joueurs sans qu'il ne le gronde? Je vous dis qu'il y avait des joueurs aussi talentueux aux quartiers que certains divisionnaires comme on les appelait à l'époque. L'aisance technique était au rendez-vous. Tenez! avec peut-être un peu de prétention, Tonnerre de Yaoundé de l'époque avait le fond de jeu de Barcelone d'aujourd'hui, d'où le nom de "Kalara", "le book" le foot champagne (onze passes). Bref avec l'aide des entraîneurs, les joueurs doivent pratiquer du beau et bon football, ils doivent prendre plaisir à jouer comme Ronaldinho, Jean-Luis Mama par exemple. Ainsi les spectateurs reviendrons aux stades, et les supporteurs participerons aux cotisations, et les joueurs seront mieux payés pour leur talent et ils se vendront cher...etc. BRAVO à toi Charles pour l'évocation de ce sujet si intéressant !

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